ūüĆī Une conversation ouverte avec Alex √† Tanger - Premi√®re partie

ūüĆī Une conversation ouverte avec Alex √† Tanger - Premi√®re partie

Salut,

J'espère que tu vas bien alors que le mois d'octobre commence...! Je viens de réaliser que je partage souvent avec toi des moments précis, des heures de la journée et des dates précises dans ces lettres…! Je ne sais pas pourquoi c'est important pour moi de le mentionner, c'est peut-être le résultat de mon rapport au temps très étrange, dont j'essaie toujours de m'affranchir d'une certaine manière… Et comme tu l'as deviné, ça n'a pas été un grand succès jusqu'à présent ! :)

Je suis d√©j√† de retour √† Tanger avec Alex pour quelques jours pour¬†ce projet sp√©cial que j'ai un peu commenc√© √† partager avec toi. Il avance maintenant assez bien, et j'ai vraiment h√Ęte de t'en dire plus¬†! Partir de Montr√©al pour passer une semaine √† Hambourg puis revenir une journ√©e avant de nous rendre √† Tanger a √©t√© un peu √©puisant pour nous, c'est le moins qu'on puisse dire, mais la fra√ģche brise marine d'octobre de Tanger nous a rapidement fait entrer dans l'ambiance et les charmes uniques de la ville ! J'aime tellement cette ville...! On s'y sent toujours comme √† la maison, peu importe la p√©riode de l'ann√©e o√Ļ on y met les pieds et c'est toujours un immense privil√®ge de partager des pans de ma vie avec cet endroit et ses habitants qui finit toujours par me manquer √† un certain point‚Ķ!

Il y a quelques semaines, alors que nous étions à Tanger, j'ai eu l'occasion rare de m'asseoir au bord de la piscine de La Maison de Tanger avec mon meilleur ami et frère Alex, afin de lui poser quelques questions sur cette ville étonnante, son premier passage en 2016, qu'est-ce qui l'a amené ici et quelle est sa relation avec cette ville aujourd'hui six ans plus tard…!

Alors, comme nous sommes de retour ici depuis quelques jours, j'ai pensé que le moment était venu pour moi de partager la moitié de notre conversation avec toi aujourd'hui.

Bon Q&A à toi !

Peux-tu nous expliquer comment cette id√©e de visiter Tanger, de tous les endroits, a pris place dans ton cŇďur et ton esprit¬†?

C'était juste après avoir terminé l'album "Tokyo Sessions" de Your Favorite Enemies avec Ben et Sef. Le voyage était censé durer 2 ou 3 semaines, mais c'est devenu quelque chose comme un voyage de 3 mois, un voyage créatif qui était un défi pour moi, car je luttais toujours contre les profonds stigmates laissés par un ancien collaborateur du groupe qui a pratiquement détruit chaque once de confiance en moi que j'avais après avoir enduré près de 10 ans d'intimidation constante de sa part. Une fois que j'ai enfin eu le courage de me séparer de lui, réécrire "Between Illness and Migration" (qui est finalement devenu Tokyo Sessions) est devenu non seulement un moyen de reprendre confiance en ma capacité instinctive à donner vie à ce que j'envisageais artistiquement, mais aussi à me reconstruire en tant qu'individu… "Tokyo Sessions" est devenu l'album que j'avais prévu que "Between Illness and Migration" soit en premier lieu et ce fut aussi un grand accomplissement pour moi car j'étais le seul producteur de l'album, quelque chose qui allait me guider, des années plus tard, vers de nouveaux projets personnels.

Mais avant que ma saison solo ne soit une idée lointaine, sinon minuscule, j'avais décidé qu'il était temps pour Your Favorite Enemies d'explorer de nouvelles sonorités, ce qui était particulièrement capital pour moi car j'avais complètement perdu tout intérêt pour tout ce qui était de l'ère pré-Tokyo Sessions. Pour ce faire, je croyais qu'il fallait vivre de nouvelles aventures, s'exposer à l'inconnu, qu'il fallait laisser les autres cultures provoquer un étourdissement au plus profond de moi, quelque chose que je n'avais ressenti qu'au Japon à ce moment-là. Il ne s'agissait pas vraiment d'être blasé, mais d'étirer ce que je réalise maintenant être la fin inévitable d'un cycle, qui a généralement lieu après s'être libéré d'années d'abus et de doute de soi. J'avais besoin de quelque chose que je n'étais pas capable de définir à ce moment-là.

Et pour une raison quelconque, peut-√™tre le fait que j'ai grandi aux c√īt√©s des membres d'une communaut√© marocaine et de leur richesse africaine/arabe si singuli√®re, j'ai instinctivement invit√© quelques membres du groupe et 2 membres de notre √©quipe √† faire un voyage de 3 semaines partout au Maroc avec moi. Tout a commenc√© √† Tanger, la ville qui m'a inspir√© ce voyage, symbolisant la r√©miniscence de tant de livres que j'ai lus sur l'influence que cette ville a eue sur Ginsberg, Kerouac et Burroughs de la Beat Generation qui ont visit√© ou v√©cu dans Tanger, mais aussi les peintres Francis Bacon, Matisse, Delacroix, les √©crivains Paul Bowles, Mark Twain, Jean Genet, Tennessee Williams, et tant d'autres favoris personnels qui ne me viennent pas √† l'esprit en ce moment‚Ķ C'√©tait comme si l'√Ęme de la ville avait toujours eu une forme d'attirance naturelle, mais latente, sur moi. Et je savais que, d'une mani√®re ou d'une autre, j'avais quelque chose qui m'attendait, quelque chose qui transcendait la logique, la rationalit√© ou les sens‚Ķ

Je ne savais pas que mon bref passage initial allait littéralement changer ma vie et celle de tant d'autres par la suite…
 

Quelle a été ta première réaction quand tu as mis les pieds là-bas la toute première fois ?

C'est difficile à expliquer, car certaines des sensations les plus authentiques et les plus pures ne peuvent pas ou ne doivent pas être comprises. Elles sont conçues pour être accueillies, embrassées et ressenties… Mais si j'essaie de partager une image de ce qu'a été ma première réaction à Tanger… Disons que si ma première visite à Tokyo m'a offert un extraordinaire sentiment d'être à la maison au plus profond de moi, mon premier passage à Tanger m'a offert une profonde forme de paix dans le fait d'appartenir à ce lieu. C'est un peu comme deux types distincts de vibrations, mais pour moi, ils sont tous les deux fabuleusement connectés dans leur forme unique de nature spirituelle de la "maison", d'une certaine manière. C’est paradoxal de réaliser que j’ai trouvé la paix dans deux lieux de chaos organisé…


Pourquoi y être retourné juste après être revenu de ce voyage partout au Maroc ?

Le voyage, m√™me s'il √©tait agr√©able, n'a pas fourni l'√©tincelle collective que je recherchais sur le plan cr√©atif. Je me sentais plus d√©connect√© des autres que je ne l'avais jamais ressenti auparavant. C'√©tait difficile pour moi d'admettre √† quel point j'√©tais perdu et vide et √† quel point je me sentais isol√© et d√©rang√© par les autres. Il n'y avait aucune sorte d'animosit√©, aucune bagarre, ou quoi que ce soit que je puisse bl√Ęmer ou qui puisse √™tre une explication tir√©e par les cheveux concernant l'√©tat de cŇďur et d'√Ęme le plus sombre qui m'habitait apr√®s ces 3 semaines‚Ķ C'√©tait un point assez bas dans ma vie. J'√©tais frustr√©, amer et je me sentais pi√©g√© dans des circonstances dans lesquelles je ne pouvais pas me reconna√ģtre. D'une certaine mani√®re, je savais que je devais partir‚Ķ Mais o√Ļ ? Et combien de temps ? C'√©tait totalement √©trange de ma part, car √™tre dans le groupe, √™tre dans la communaut√© que j'ai aid√© √† construire et √™tre constamment en mouvement vers l'avenir √©taient les seules choses que je connaissais depuis le d√©but de mes 20 ans. J'√©tais paralys√© par les questions et l'absence de r√©ponses. L'irr√©solution a toujours √©t√© un endroit effrayant pour moi‚Ķ Et j'√©tais en plein milieu de √ßa.

Je pense que je vous ai d'abord parl√© de prendre du temps pour moi quelques semaines ou quelques mois apr√®s notre retour de notre voyage au Maroc. Au d√©part, je voulais passer du temps √† Barcelone, un endroit que j'affectionne particuli√®rement et qui a beaucoup de merveilleux souvenirs qui s'y rattachent. C'√©tait cens√© √™tre 2 semaines ou quelque chose comme √ßa. J'ai achet√© des billets d'avion, lou√© un loft et g√©r√© tous les autres d√©tails associ√©s √† mon d√©part de la communaut√©‚Ķ mais ce n'√©tait juste pas correct pour peu importe quelle raison. Je savais que je n'avais pas encore travers√© le deuil de mon p√®re, et il √©tait difficile d'imaginer pouvoir m'asseoir anonymement sur une terrasse alors que j'ai tant d'amis dans la ville, donc tant de distractions que je pourrais utiliser pour faire face √† mon d√©sespoir. Une f√™te de 2 semaines n'√©tait pas ce dont j'avais besoin. M√™me si la perspective de juste tra√ģner et d'oublier l'absurdit√© de mes √©motions douloureuses pendant un moment √©tait assez tentante, c'√©tait une id√©e ridicule, pour √™tre honn√™te. Cela aurait √©t√© de continuer √† nier mon abattement d√©sesp√©r√© et j'√©tais encore assez conscient pour le savoir. Admettre que Barcelone n'√©tait pas ce dont j'avais vraiment besoin, c'√©tait comme revenir en arri√®re. L‚Äôangoisse √©tait devenue assez lourde √† g√©rer √† ce stade‚Ķ

J'ai failli partir pour Istanbul, car je voulais juste dispara√ģtre dans un endroit inconnu o√Ļ je ne connaissais personne et o√Ļ personne ne pouvait me reconna√ģtre. J'√©tais sur le point de faire changer mes billets d'avion‚Ķ J'avais trouv√© un superbe appartement dans le quartier artistique de Cihangir, √† quelques rues au sud de la place Taksim. √áa me semblait √™tre l'endroit id√©al pour moi, car il est bien connu des √©crivains, des po√®tes, des musiciens et des peintres. Je me suis dit que je m'int√©grerais parfaitement, ou du moins que je trouverais peut-√™tre mon inspiration perdue depuis longtemps‚Ķ

Jusqu'√† ce que, pour une raison quelconque, je me rende sur la page Facebook de cet h√ītel de la kasbah de Tanger, o√Ļ nous nous √©tions arr√™t√©s pour boire un verre et d√ģner tard le soir lors de notre derni√®re journ√©e dans la ville. En parcourant la page, j'ai vu une publication que l'h√ītel avait publi√©, nous montrant sur le toit-terrasse pendant que nous parlions avec l'un des propri√©taires, un moment qui avait √©t√© une conversation tr√®s humaine. Et juste comme √ßa, sans r√©fl√©chir, j'ai juste dit : "Ok, c'est l√† que je dois aller. Pas seulement √† Tanger, mais dans cet h√ītel sp√©cifiquement‚Ķ"

Cette décision, prise dans un instant de pur abandon instinctif, cet éclair de résolution allait constituer le pas en avant le plus important de ma vie d'adulte. J'en ai la chair de poule rien que d'y penser… Ouah…!


Est-ce que c'est ce que tu veux dire quand tu dis : "Parfois, l‚Äô√©mergence inattendue de nouvelles sensations vibrantes r√©v√®le quelques fragments des images de demain, faites de bribes de souvenirs, de fractions fan√©es d‚Äô√©motions transies disparues depuis longtemps, toutes refl√©tant des √©clats de paroles insond√©es, de sons √©mancip√©s en attente d‚Äôexister, dont je peux discerner le mouvement sous-jacent de la renaissance de la vie alors que nous nous r√©veillons lentement du d√©sespoir d‚Äôun cŇďur bris√©..."

Oui, de plein d'autres façons, c'est bien ça...


Comment cela s'est matérialisé ?

En l√Ęchant prise. Les 2 premi√®res semaines ‚Äď ah oui, j'ai oubli√© de mentionner que j'avais d√©cid√© de rester 2 mois quelques jours avant de quitter Montr√©al ‚Äď ont √©t√© remplies de beaucoup de violence √©motionnelle auto-inflig√©e. C'√©tait comme avoir une d√©sintoxication du cŇďur et de l'√Ęme‚Ķ J'ai failli revenir √† Montr√©al quelques jours seulement apr√®s le d√©but du voyage. Avec tant d'ann√©es √† me priver de toute gu√©rison potentielle, il y avait beaucoup de choses qui attendaient d'√©clater de l'int√©rieur, beaucoup de choses √† admettre aussi‚Ķ Honn√™tement, je ne savais plus qui j'√©tais. S'il existe une chose telle qu'√™tre le produit de votre environnement, j'√©tais l'exemple parfait d'une personne cachant ses souffrances les plus profondes par une implication constante √† soigner les blessures des autres, tout cela alors que j'√©tais celui qui avait un besoin urgent d'assistance "m√©dicale". J'√©tais un individu tr√®s fonctionnel, √©puis√© et gravement d√©pressif, l'ombre de moi-m√™me, mais quelqu'un capable de maintenir magistralement son ch√Ęteau de cartes pour que tout le monde puisse l'admirer. Ma fa√ßade √©tait impeccable, mais si j'avais laiss√© quelqu'un entrer, je pense que cela aurait √©t√© effrayant de voir √† quel point j'√©tais d√©sesp√©r√© et suicidaire. Alors j'ai √©crit, √©crit, √©crit, √©crit et continu√© √† √©crire, du petit matin jusqu'√† tard le soir. C'est devenu ma th√©rapie en quelque sorte, ainsi que la base lyrique qui serait connue sous le nom de "Windows in the Sky" des ann√©es plus tard...


L'as-tu réalisé lorsque tu étais à Tanger ?

Je ne pense pas que tu peux vraiment avoir une vision claire des lumières qui brillent à travers les fissures d'une forteresse auto-construite qui s'effondre lorsque tu as passé la majeure partie de ta vie à vivre les yeux ouverts dans le noir. Sinon, tu aurais couvert les fissures et tu aurais fui les lumières. C'est effrayant d'être aveugle, mais c'est effrayant de voir, surtout quand tu es si profondément brisé à l'intérieur et que tu te caches dans une forme abjecte de déni profond. Tanger - ou devrais-je dire les gens qui m'ont accueilli et m'ont finalement guéri - n'a jamais forcé son incandescence flamboyante sur moi; c'est juste venu comme un vent délicat réconfortant mon esprit avec une douce gentillesse… C'est comme ça que ça s'est passé.

 

Merci beaucoup d'avoir pris le temps de lire tout √ßa ! C'est toujours un bonheur de partager des parties de qui nous sommes et ce voyage qui est le n√ītre avec toi ! Je partagerai la deuxi√®me partie avec toi tr√®s bient√īt !

N'h√©site pas √† me dire si tu as plus de questions pour Alex, √ßa me fera plaisir de lui partager bien s√Ľr !!!

Prends soin de toi !

Ton ami et h√īte,
Jeff

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